Le mystère des origines du mildiou de la pomme de terre, responsable de la famine irlandaise du XIXe siècle, a longtemps fait l’objet de débats parmi les chercheurs. Aujourd’hui, une étude génétique d’envergure apporte enfin une réponse claire. Selon les résultats, le champignon pathogène Phytophthora infestans, à l’origine de cette calamité, provient des Andes, en Amérique du Sud.
Une tragédie agricole aux répercussions historiques
En 1845, un micro-organisme ravageur s’est abattu sur l’Irlande, causant de grands dégâts. Ce champignon pathogène, Phytophthora infestans, responsable du mildiou de la pomme de terre, a provoqué une famine dévastatrice ayant entraîné la mort de plus d’un million de personnes et forcé des millions d’autres à émigrer. Depuis lors, les spécialistes ont tenté de retracer l’origine de cette maladie. Les hypothèses principales situaient son apparition soit dans les hauts plateaux du Mexique, où d’autres agents pathogènes similaires ont été identifiés, soit dans les Andes, foyer de la domestication de la pomme de terre.
À ce jour, le Phytophthora infestans continue de causer des pertes énormes dans les cultures de pommes de terre et de tomates à travers le monde, générant des milliards de dollars de dégâts annuellement. Identifier son origine pourrait permettre de mieux anticiper et combattre les futures épidémies.
Grâce aux avancées de la génétique, une équipe de chercheurs dirigée par Allison Coomber et Jean Ristaino de l’Université d’État de Caroline du Nord a finalement élucidé cette énigme. Leur étude, publiée dans la revue PLOS ONE, repose sur une analyse détaillée des génomes de plusieurs espèces proches de Phytophthora infestans.
Tubercule de pomme de terre atteint par le mildiou
Une trajectoire évolutive et migratoire confirmée
Le débat sur l’origine géographique du mildiou a longtemps divisé la communauté scientifique. Certains penchaient pour le Mexique, où le pathogène se reproduit sexuellement, tandis que d’autres privilégiaient les Andes, s’appuyant sur des preuves génétiques. L’étude récente fournit désormais des données convaincantes.
L’étude a comparé les séquences génétiques complètes de Phytophthora infestans avec celles de six autres espèces apparentées. Parmi elles, P. andina et P. betacei, originaires des Andes, ainsi que P. mirabilis et P. ipomoeae, trouvées principalement au Mexique. Des échantillons historiques datant de la famine irlandaise ont également été inclus dans l’analyse.
Les résultats démontrent que les espèces mexicaines forment un groupe distinct, tandis que Phytophthora infestans partage une proximité génétique marquée avec les espèces andines. Ces résultats indiquent que l’ancêtre commun du mildiou et des espèces apparentées a divergé de l’espèce mexicaine il y a environ 5 000 ans. P. infestans s’est ensuite propagée vers d’autres régions, notamment le Mexique et l’Europe, à travers le commerce et la mondialisation croissante.
Les archives historiques corroborent également ces résultats. Lors de l’apparition du mildiou en Europe et aux États-Unis en 1845, certains rapports indiquaient que cette maladie était déjà connue des populations autochtones des Andes, qui cultivaient des pommes de terre.
