La **nostalgie** des années 2000 bat son plein. **Hannah Montana**, **Scrubs** ou encore **Les Sorciers de Waverly Place**, **Disney+** capitalise sur ce filon avec des remakes et des réinterprétations de ses réussites d’autrefois. Au milieu de cette effervescence, **Malcolm** est revenu la semaine dernière avec une nouvelle série d’épisodes. Quatre chapitres inédits qui transportent les téléspectateurs près de deux décennies après que le protagoniste, incarné par **Frankie Muniz**, ait quitté le nid familial pour l’université.
**Malcolm** est désormais un adulte, engagé dans une ONG et vivant loin de ses parents. Il a une fille qu’il élève seul, après que la mère ait disparu trois jours seulement après la naissance. Pendant ces vingt ans, il a pris soin de garder sa vie personnelle éloignée de ses parents et du reste de la famille. Il élève **Leah** dans le plus grand secret, jusqu’à ce que **Lois** et **Hal** découvrent le pot aux roses. Cette révélation entraîne de multiples conséquences, replongeant **Malcolm** au cœur de sa famille dysfonctionnelle. Les cris, les désastres et une pléthore de clins d’œil, la version française du titre plante le décor : Rien n’a changé. On prend les mêmes et on recommence ? Pas tout à fait. Après avoir relancé la série originale, on sait désormais ce qui manque à ce retour.
“La vie est inique”
En 2000, lors de la diffusion du premier épisode de **Malcolm**, **Linwood Boomer** plante le décor dès l’introduction. Avec “**Boss of Me**” de **They Might Be Giants**, le créateur ne pouvait être plus littéral. “**Life is unfair**”, la vie est inique, et même davantage pour les foyers modestes américains. **Hal** et **Lois** ont beau avoir un emploi, ils peinent à joindre les deux bouts.
Alors que l’industrie télévisuelle se concentrait majoritairement sur des ménages aisés (Madame est servie, Sept à la maison ou encore Notre Belle Famille), **Malcolm** entendait écorner l’image du “**Rêve américain**”. N’importe quelle personne courageuse et déterminée n’arrivera pas à gravir l’échelle sociale. Celle-ci est brisée, et certains sont condamnés à une survie constante.
Classe moyenne et une série qui ne l’était pas
Dans la première saison, **Lois** perd son travail, et tout le monde doit se serrer la ceinture. La moindre visite à l’hôpital creuse un trou conséquent dans le budget, et partir en vacances n’est pas une certitude. **Malcolm** reposait sur l’idée que le système est inique. **Malcolm**, en raison de son intelligence hors du commun, incarnait pour sa famille une opportunité de renverser l’ordre établi. Dans l’épisode final, **Lois** confie qu’elle souhaite le voir à la Présidence des États-Unis.
“Ce qui est crucial, c’est que tu seras la seule personne à ce poste à se sentir un tant soit peu concernée par les petites gens comme nous. Cela fait des millénaires qu’on est du mauvais côté du manche”.
Vingt ans plus tard, leur niveau de vie est bien plus élevé. **Lois** et **Hal** peuvent organiser une grande fête d’anniversaire sans se soucier des dépenses. La jambe cassée de la mère de famille ne suscite presque aucune inquiétude financière. Rien n’a changé a choisi de changer de perspective et de se concentrer sur les dynamiques familiales, passant la critique sociale sous silence. Elle perd ainsi ce qui faisait le sel des premières saisons. Ceci est frappant lors de la confrontation entre **Lois** et son fils, dans les toilettes.
Durant la fête, la mère de famille entend bien confronter sa progéniture sur son mensonge. C’est à ce moment que se produit le véritable basculement. “Tu as fait tant de choses, et sans l’aide de qui que ce soit. Tu ne le dois qu’à toi-même”. **Malcolm**, qui critiquait le système et ses failles, devient un plaidoyer pour la méritocratie. La responsabilité repose désormais sur les épaules de l’individu et non plus de l’Amérique avec un grand A. **Linwood Boomer** semble être passé à côté de son sujet, alors qu’aux **États-Unis**, 10,4% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté.

